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un rabbin inattendu et un peu iconoclaste, mais l'idée de réunir hommes et femmes, est excellentes. mon rabbi
Par marsan, le 15.04.2013
bravo michel pour ce texte
pierreh ttp://blogart. centerblog.net
Par blogart, le 04.07.2011
une nouvelle comme je les aime.http://dr karoloth.cente rblog.net
Par drkaroloth, le 20.05.2011
sympathique récit de voyage.http:// drkaroloth.cen terblog.net
Par drkaroloth, le 20.05.2011
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Date de création : 03.02.2011
Dernière mise à jour :
08.10.2011
58 articles
L’hélico, dans un bourdonnement d’insecte, se pose dans la cour de l’hôpital, sur la D.Z. aménagée. Acteurs d’un ballet bien réglé, des brancardiers se précipitent, extraient de l’appareil, avec d’infinies précautions, deux grands blessés. Deux gars de vingt ans. Deux amis, Yoni et Ruben. Sur le front, les combats faisaient rage, quand leur char, touché, de plein fouet, par un missile, se coucha sur le flanc, tel un monstre antédiluvien, blessé à mort. Sous l’impact et l’effet de souffle, la tourelle prit feu. Les occupants commençaient à cramer. Dans un ultime effort, ils parvinrent à se dégager de ce qui aurait pu être leur ultime demeure, un cercueil d’acier !
Une chambre stérile pour grands brûlés, les accueille. Un masque de douleur sculpte les visages des deux compagnons d’armes étendus tels deux gisants. Yoni, plongé dans un coma profond, brûlé au troisième degré, sur tout le corps, a droit à la panoplie complète que nécessite son état : soins intensifs : ventilation assistée, perfusions, attelles, sonde urinaire, suivie, plus tard, une fois sorti du coma, de délicates greffes de la peau. Il supporte sans broncher, tout cet assaut thérapeutique, cet acharnement en règles, en dépit des souffrances intolérables qui l’accompagnent. Il oppose une résistance farouche à l’idée de revoir sa fiancée, ses proches, ses camarades, les serrer dans ses bras ; du moins, l’espère-t-il, on le lui a promis, dès qu’il sera tiré d’affaire ; après être passé à deux doigts de la mort. Souvent il sombre dans une dépression sans limites.
Pour l’heure, emmailloté de la tête au pied, il est accoutré en bibendum de chez Michelin. Il ne peut que remuer la tête et prononcer juste deux-trois mots avec mille difficultés. Les psychotropes l’assomment Il somnole de longues heures dans la journée. Parfois, quand les souvenirs se bousculent durs, oppressants, ses yeux se mouillent de larmes, inondent son visage où se dessinent encore les rondeurs de l’adolescence.
Son ami Ruben, lui, occupe un lit dans la chambre contiguë à la sienne, collé à la fenêtre. En revanche, il peut s’asseoir, bouger, parler ; moins gravement atteint, semble-t-il, que Yoni ; il blague avec le médecin-chef quand il fait la tournée des malades, entouré de ses étudiants et de sémillantes infirmières. Il porte un épais bandeau sur les yeux, qu’on lui renouvelle plusieurs fois par jour, Il souffre mais crânement. Il bluffe son ami, se bluffe lui-même aussi sans abuser le corps médical, qui connaît précisément son état et le degré de ses blessures. Mais à présent, ses yeux ne sont plus dissimulés sous un bandeau.
Les brûlures de Yoni cicatrisent mal. Les greffes ne prennent pas. Son moral tutoie le zéro absolu Il ressemble à une tortue affalée sur le dos, qui se débat désespérément pour retrouver la position normale.
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Après s’être concertés, le professeur et le psychologue décident, d’un commun accord, de le transférer dans la chambre de son ami Ruben, avec la volonté de donner la toute première place au moral.
Les retrouvailles des deux amis semblent favorables à l’évolution du traitement mis au point. Sous le coup d’une soudaine émotion, ils ne savent, d’abord que se sourirent, Ils ne se payent pas de mots. La joie les rend muets
Quelques semaines plus tard, Yoni, condamné à l’immobilité, le regard au plafond, ressentit soudain un déclic dans tout le corps ; il recommençait à « fonctionner ». Les premières paroles, longtemps enfouies, jaillissent en cascade ; comme s’il avait remis la clé de contact.
« Comme je voudrais être à ta place, là, près de la fenêtre, pour voir le monde, ça me manque tant ! Raconte-moi un peu ce que tu vois, Ruben, de ton poste d’observation ? ». Ruben, prit de court, se ressaisit et se met à lui décrire tout, par le détail :
« Hé bien, je…je vois une vaste étendue d’eau. La mer, sans doute. Car je n’aperçois pas l’autre rive.
« Vide, la mer ?
« Non. Non. Des surfeurs se jouent des vagues ; à moins que ça ne soit le contraire.
« Ah !
« Oui, de beaux mecs, very beaux mecs, comme nous, tu vois, cheveux gominés aux embruns et au sel, Quel spectacle ! Ils jonglent avec leurs planches, s’engloutissent sous des montagnes d’eau et ressurgissent sur la crête de vagues géantes comme dieu Poseïdon en personne.
« Rien d’autre ? Oh ! tu en veux pour ton argent, toi ! Toujours plus, hein ?…
« Attends que je te décrive la plage… Noire de monde.
Des corps, un étalage de corps ; des jeunes, des vieux. Au bord de l’eau, des bambins construisent des châteaux de sable, des adolescents chahutent et se jettent les uns les autres à la mer. Les foules des adorateurs du soleil cachent le moindre petit grain de sable, c’est dire… Des marchands de glaces et de babioles parcourent la plage et esquivent les baigneurs avec de jolis entrechats.
.
« Pas de femmes dans ce cirque ? demande-t-il dans un souffle, l’œil un tantinet égrillard
« Si, si, j’oubliais. Beaucoup, beaucoup de femmes.. Des créatures de rêve ! Certaines, telles que Dieu les a créées. Ouais, j’te jure, aussi vrai que deux et deux font quatre, mon vieux ! Et que j’te rôtis le recto et que j’te rôtis le verso : un barbecue, géant, quoi. Ca emballe sec, si tu savais !
Je distingue aussi, là-bas, derrière les dunes de sable, des familles qui pique-niquent tandis qu’un jeune gratte de la guitare. Plus loin, à l’écart l’ambiance est sportive : un filet est planté ; garçons et filles jouent au volley en soulevant des nuages de sable.
D’autres, du badminton. Au loin des hors-bords tractent des parachutistes ascensionnels…
Ruben décrit si bien le panorama jusque dans ses moindres détails, qu’il voit de la fenêtre, qu’au fil du récit, Yoni, gorgé de bonheur, comblé, s’assoupit, serein. Bien décidé à surmonter tous les obstacles qui se dressent encore devant lui. Pouvoir enfin, à son tour, goûter aux joies de la mer, à tous ces plaisirs aujourd’hui interdits, à mordre, à nouveau, à pleines dents la vie, quoi !
…………………………………………………………………………
A son réveil, Yoni est seul dans la chambre. Plus trace de Ruben. Volatilisé, son ami ; comme s’il n’avait jamais existé !
Une infirmière entre dans la chambre.
« Où est Ruben ? Pourquoi l’avez-vous changé de chambre ? Embarrassé, elle hésite à répondre :
« C’est que…son état s’est aggravé. Il est en salle de réanimation.
D’ailleurs vous pouvez prendre sa place, près de la fenêtre, si vous le voulez. ; à présent vous êtes tiré d’affaire et vous pouvez vous asseoir
« Oui, oui, bien sûr. Le spectacle est autrement plus réjouissant…
Un aide-soignant pousse le lit contre la fenêtre.
Stupeur de Yoni. Il jette un regard à l’extérieur : il ne voit qu’un haut mur blanc !
« C’est bien la chambre que nous occupions Ruben et moi ?
« Oui.
« Ou est-il ?
« Il nous a quitté. Parti. Pendant que vous dormiez.
« Alors…la mer…la plage…le soleil, les filles, les gens, tout ça ?
« Le panorama qu’il vous a brossé était pure imagination ; totale invention ; Ruben était désormais aveugle. Irréversiblement. La cécité complète. Les chirurgiens ont tout tenté pour lui sauver la vue. En vain ! Comprenez-vous ?
Yoni, des sanglots dans la voix :
« Pourquoi ? Pourquoi ? » Il n’arrive à comprendre son ami :
« Sans doute a-t-il voulu vous remonter le moral et vous donner la volonté de guérir ! »